
Allergies et intolérances alimentaires
26 août 2026
Candidose intestinale chronique
26 août 2026Maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (MICI) – Crohn / RCH
Groupe de pathologies auto-immunes/inflammatoires chroniques du tube digestif, regroupant principalement la maladie de Crohn (voir fiche Maladie de Crohn) et la rectocolite hémorragique (voir fiche Rectocolite hémorragique), évoluant par poussées et rémissions sur un terrain de dérégulation immunitaire intestinale et de dysbiose. Touche préférentiellement l'adulte jeune (15-35 ans), avec un enjeu de coordination étroite entre gastro-entérologue et accompagnement fonctionnel, jamais en substitution du traitement médical. Cette fiche centralise les éléments communs aux deux pathologies ; les spécificités anatomiques, cliniques et thérapeutiques propres à chacune sont détaillées dans leurs fiches respectives.
En quelques mots
- Ne jamais proposer un protocole d'éviction alimentaire strict (jeûne, mono-diète prolongée) en poussée aiguë ou chez une personne dénutrie : risque d'aggravation de la dénutrition déjà fréquente dans les MICI.
- Vérifier systématiquement où en est la cliente dans son suivi gastro-entérologique (biothérapie en cours, dernière coloscopie, dernier dosage de calprotectine fécale) avant toute proposition, l'accompagnement naturopathique se construit toujours en articulation avec ce suivi.
- Distinguer poussée active et rémission : les objectifs et les outils mobilisables ne sont pas les mêmes (apaisement de la muqueuse en poussée vs entretien de la rémission et prévention des rechutes en phase calme).
- Ne pas sous-estimer le retentissement psychologique (anxiété anticipatoire, isolement social lié à l'urgence défécatoire, fatigue chronique) : c'est souvent un levier aussi important que l'alimentaire.
- Repérer les signes d'alerte imposant une réorientation médicale immédiate (fièvre, rectorragies abondantes, douleur abdominale intense et brutale, syndrome occlusif) : ne jamais temporiser une suspicion de poussée sévère ou de complication.
- Soutenir la rémission et espacer les poussées en accompagnement du traitement médical
- Réduire l'inflammation de bas grade et soutenir la barrière intestinale (voir fiche Hyperperméabilité intestinale)
- Rééquilibrer le microbiote sans jamais remplacer les traitements de fond
- Prévenir et corriger les carences nutritionnelles récurrentes (fer, B12, vitamine D, zinc)
- Accompagner la gestion du stress et de l'axe intestin-cerveau, facteur reconnu de déclenchement des poussées
- Soutenir la qualité de vie globale (sommeil, fatigue, image corporelle, vie sociale)

Diagnostic
- Diagnostic posé par un gastro-entérologue, reposant sur un faisceau d'arguments cliniques, endoscopiques, histologiques et radiologiques : aucun test isolé ne suffit.
- Endoscopie digestive (coloscopie ± endoscopie haute) avec biopsies étagées : lésions transmurales et discontinues (Crohn) versus atteinte continue limitée à la muqueuse colique en continuité avec le rectum (RCH).
- Imagerie en coupe (entéro-IRM, entéro-scanner) pour évaluer l'atteinte de l'intestin grêle, notamment dans la maladie de Crohn.
- Biologie : CRP, NFS, calprotectine fécale (marqueur de suivi de l'inflammation muqueuse, également utile en naturopathie pour objectiver une poussée infraclinique).
- Une colite dite « indéterminée » peut être posée lorsque la distinction Crohn/RCH reste incertaine malgré les explorations, notamment en début d'évolution.
- Syndrome de l'intestin irritable (voir fiche dédiée) : pas d'inflammation biologique ni de lésion endoscopique, calprotectine fécale normale
- Colite microscopique
- Colite infectieuse (bactérienne, parasitaire — voir fiche Parasitoses intestinales)
- Maladie cœliaque (voir fiche dédiée)
- SIBO (voir fiche dédiée) pouvant mimer ou coexister avec une poussée
- Colite ischémique
- Diverticulite
- Tuberculose intestinale (diagnostic différentiel classique de la maladie de Crohn iléo-cæcale)
- Cancer colorectal
- Endométriose digestive chez la femme jeune (douleurs cycliques, faux diagnostics croisés fréquents)
- Douleurs abdominales, souvent en cadre ou en fosse iliaque selon la localisation
- Diarrhée chronique, parfois glairo-sanglante (plus typique RCH)
- Rectorragies
- Syndrome rectal (faux besoins, ténesme) dans les atteintes rectales
- Amaigrissement, dénutrition
- Fièvre modérée en poussée
- Fatigue chronique, souvent disproportionnée par rapport à l'activité biologique mesurée
- Manifestations extra-intestinales : arthralgies, aphtes buccaux récidivants (voir fiche Glossite), érythème noueux, uvéite, atteintes cutanées (pyoderma gangrenosum)
- Anémie (carentielle ou inflammatoire)
- Lésions ano-périnéales (fissures, fistules, abcès) évocatrices de la maladie de Crohn
- Retard de croissance ou pubertaire chez l'enfant et l'adolescent
- Anxiété anticipatoire liée à l'urgence défécatoire, retentissement sur la vie sociale et professionnelle
Évolution favorable : rémission clinique et endoscopique (cicatrisation muqueuse, objectif thérapeutique actuel selon le consensus STRIDE-II) obtenue en quelques semaines à quelques mois sous traitement adapté. Favorisée par l'arrêt du tabac (facteur aggravant majeur dans la maladie de Crohn), l'observance thérapeutique, la gestion du stress et un accompagnement nutritionnel adapté aux phases d'activité de la maladie.
Évolution défavorable : en l'absence de contrôle de la maladie, risque de sténoses, fistules et abcès (surtout Crohn), de mégacôlon toxique (surtout RCH, urgence vitale), de perforation digestive, de dénutrition sévère, et à long terme d'augmentation du risque de cancer colorectal (risque relatif x2-3, justifiant une surveillance endoscopique rapprochée). Signes imposant une orientation médicale immédiate : fièvre élevée, distension abdominale majeure, rectorragies abondantes, douleur abdominale brutale et intense, arrêt des matières et des gaz.
- Prédisposition génétique (agrégation familiale, polymorphismes de susceptibilité notamment NOD2/CARD15 dans la maladie de Crohn)
- Dérégulation de la réponse immunitaire innée et adaptative vis-à-vis du microbiote intestinal
- Dysbiose intestinale préexistante ou concomitante (voir fiche Dysbiose intestinale)
- Hyperperméabilité intestinale précédant souvent l'inflammation clinique (voir fiche dédiée)
- Tabagisme actif : facteur de risque et aggravant démontré dans la maladie de Crohn (effet inverse et protecteur discuté dans la RCH, sans justifier l'usage du tabac)
- Antécédent de gastro-entérite infectieuse sévère
- Prise répétée d'antibiotiques dans l'enfance
- Alimentation occidentale riche en émulsifiants et épaississants (carmellose, polysorbate-80, carraghénanes), pro-inflammatoire, pauvre en fibres
- Appendicectomie (association discutée selon les pathologies)
- Carence en vitamine D
- Stress chronique et événements de vie anxiogènes, facteur reconnu de déclenchement de poussées
- Tabagisme (maladie de Crohn)
- Prise d'AINS, facteur classique de déclenchement de poussée
- Infections intercurrentes (gastro-entérites)
- Arrêt non concerté du traitement de fond
- Dette de sommeil chronique
- Alimentation pro-inflammatoire, ultra-transformée, riche en émulsifiants
- Sédentarité et déconditionnement physique en phase de fatigue chronique
- Isolement social et anxiété anticipatoire, entretenant un cercle stress-inflammation
Physiopathologie
- Terrain de susceptibilité
- Prédisposition génétique affectant la reconnaissance bactérienne (mutations NOD2 notamment) et la fonction de la barrière épithéliale
- Dysbiose intestinale précoce, avec réduction de la diversité microbienne et diminution des espèces productrices de butyrate (effet anti-inflammatoire local perdu)
- Rupture de la barrière intestinale
- Altération des jonctions serrées → hyperperméabilité intestinale (voir fiche dédiée)
- Translocation d'antigènes bactériens et de fragments de paroi bactérienne (lipopolysaccharides) à travers la muqueuse
- Activation immunitaire inappropriée
- Reconnaissance anormale du microbiote commensal comme menace par l'immunité innée
- Recrutement de lymphocytes T effecteurs (Th1/Th17 notamment dans la maladie de Crohn, profil plus Th2-like dans la RCH) via des molécules d'adhésion comme l'intégrine α4-β7
- Production excessive de cytokines pro-inflammatoires (TNF-alpha, interleukine-23, interleukine-6) qui entretiennent l'inflammation muqueuse
- Inflammation tissulaire chronique
- Infiltration transmurale de la paroi digestive dans la maladie de Crohn (pouvant toucher tout le tube digestif, de la bouche à l'anus) → risque de fistules et sténoses
- Inflammation limitée à la muqueuse colique, continue depuis le rectum, dans la RCH → risque hémorragique et de mégacôlon toxique
- Auto-entretien du cercle inflammatoire
- L'inflammation chronique aggrave à son tour la dysbiose et la perméabilité intestinale → boucle de rétroaction
- Le stress chronique module négativement l'axe intestin-cerveau et la perméabilité, participant au déclenchement des poussées
Terrain génétique + dysbiose intestinale
→ altération des jonctions serrées et hyperperméabilité intestinale
→ translocation d'antigènes bactériens
→ activation inappropriée de l'immunité contre le microbiote commensal
→ production de cytokines pro-inflammatoires (TNF-alpha, IL-23, IL-6)
→ inflammation chronique de la paroi digestive (transmurale ou muqueuse selon le sous-type)
→ lésions, complications et auto-entretien du cercle inflammatoire
Accompagnement allopathique
Objectif : prévenir les rechutes chez un patient en rémission et prévenir les complications à long terme (cancer colorectal notamment).
Traitement : traitement de fond au long cours (immunosuppresseurs type thiopurines, biothérapie de maintenance), arrêt du tabac accompagné dans la maladie de Crohn, surveillance endoscopique régulière pour dépistage de la dysplasie/du cancer colorectal, vaccination à jour avant mise sous immunosuppresseur ou biothérapie, supplémentation préventive des carences (fer, B12, vitamine D) selon le bilan.
Objectif : induire puis maintenir la rémission clinique et endoscopique (cicatrisation muqueuse) en poussée.
Traitement : corticothérapie courte en poussée modérée à sévère ; 5-ASA efficaces uniquement dans la RCH (sans place démontrée dans la maladie de Crohn) ; immunosuppresseurs classiques (azathioprine, méthotrexate) ; biothérapies selon plusieurs classes — anti-TNF-alpha (infliximab, adalimumab), anti-intégrine (védolizumab), anti-interleukine-23 (ustékinumab, risankizumab, guselkumab, mirikizumab selon l'indication et la ligne de traitement) ; petites molécules orales (inhibiteurs de JAK) selon les situations ; chirurgie en cas de complication (sténose, fistule, mégacôlon toxique, échec du traitement médical). Le choix et la séquence thérapeutique (stratégie « top-down » précoce versus « step-up » progressive) sont décidés par le gastro-entérologue selon le phénotype et les facteurs de mauvais pronostic.
Évaluation fonctionnelle du terrain
- Depuis quand le diagnostic est-il posé, et s'agit-il d'une maladie de Crohn, d'une RCH, ou d'une colite encore indéterminée ?
- Êtes-vous actuellement en poussée ou en rémission ? Depuis quand ?
- Quel est le traitement de fond actuel, depuis quand, et comment est-il toléré ?
- Quand a eu lieu la dernière coloscopie et le dernier dosage de calprotectine fécale ?
- Avez-vous des lésions ano-périnéales, des manifestations extra-intestinales (articulaires, cutanées, oculaires) ?
- Fumez-vous ou avez-vous fumé ? (pertinent en particulier pour la maladie de Crohn)
- Comment est votre transit au quotidien : fréquence, consistance, présence de sang ou de glaires ?
- Avez-vous identifié des aliments déclencheurs de poussées ou d'inconfort ?
- Comment évaluez-vous votre niveau de stress, et identifiez-vous un lien entre stress et poussées ?
- Avez-vous une fatigue chronique disproportionnée par rapport à l'activité de la maladie ?
- Avez-vous des carences connues (fer, B12, vitamine D) et êtes-vous supplémenté ?
- Quel est le retentissement sur votre vie sociale, professionnelle, et votre moral ?
Bilans conventionnels (à faire prescrire ou à récupérer auprès du gastro-entérologue) :
- NFS, CRP
- Calprotectine fécale
- Ferritine, coefficient de saturation de la transferrine
- Vitamine B12, vitamine D
- Albuminémie (statut nutritionnel)
- Bilan hépatique (suivi de tolérance des traitements)
Bilans fonctionnels (à prioriser en première intention selon la clinique, laboratoires Barbier/BIOAVENIR, LIMS, Synlab) :
- Analyse du microbiote intestinal (dysbiose, diversité bactérienne, espèces productrices de butyrate)
- Marqueurs de perméabilité intestinale (zonuline, LPS-binding protein)
- Bilan du statut en zinc, sélénium, magnésium
- Bilan oxydatif
- Recherche de surcroissance bactérienne (SIBO) en cas de symptomatologie évocatrice associée
- Bilan des acides gras à chaîne courte fécaux si disponible
Accompagnement naturopathique
Accompagnement naturopathique préventif
Objectif : s'adresse aux personnes en rémission ou à risque (terrain familial de MICI, dysbiose connue) ; but recherché : espacer les poussées, soutenir durablement la muqueuse et le microbiote, réduire le risque de rechute lié au stress.
Protocole :
- Séance 1 : anamnèse approfondie, historique des poussées et de leurs déclencheurs identifiés, bilan du transit et du stress, orientation vers les bilans fonctionnels pertinents.
- Séance 2 : retour sur les bilans, mise en place du volet alimentation/micronutrition adapté à la phase de rémission (voir Boîte à outils), introduction d'une pratique de gestion du stress régulière.
- Séance 3 : renforcement du travail sur l'axe intestin-cerveau, ajustement de la phytothérapie et de l'activité physique, point sur l'observance du traitement médical de fond.
- Séances suivantes : suivi trimestriel, ajustement selon calprotectine fécale et ressenti clinique.
Les accompagnements diffèrent selon le profil identifié au questionnaire :
| Problématique | Sous-objectif | Solution |
|---|---|---|
| Rémission fragile avec antécédents de poussées fréquentes liées au stress | Sécuriser la rémission via l'axe intestin-cerveau | Travail de gestion du stress régulier, cohérence cardiaque, suivi rapproché de la calprotectine fécale, phytothérapie adaptogène |
| Terrain de dysbiose persistante malgré rémission clinique | Restaurer la diversité microbienne sans réactiver l'inflammation | Probiotiques ciblés et progressifs, alimentation riche en fibres solubles, réintroduction progressive et surveillée |
| Tabagisme actif (maladie de Crohn) | Réduire le principal facteur de risque de rechute modifiable | Accompagnement au sevrage tabagique en lien avec le médecin traitant, gestion du stress associée au sevrage |
Accompagnement naturopathique de soutien
Objectif : accompagner une poussée active ou une maladie active mal contrôlée, en coordination stricte avec le traitement médical, sans jamais s'y substituer.
Protocole :
- Séance 1 : évaluation de la sévérité perçue, vérification du suivi médical en cours, mise en place de mesures d'apaisement digestif doux (alimentation adaptée à la phase de poussée, hydratation, repos digestif relatif sans jeûne).
- Séance 2 : soutien nutritionnel ciblé sur les carences (fer, B12, zinc, vitamine D selon bilan), introduction prudente et progressive de la phytothérapie apaisante et de l'aromatologie digestive.
- Séance 3 : travail sur la fatigue chronique et le retentissement psychologique, renforcement du sommeil et des outils de gestion du stress.
- Séances suivantes : accompagnement du retour progressif vers une alimentation diversifiée en phase de rémission, transition vers le protocole préventif.
Les accompagnements diffèrent selon le profil identifié au questionnaire :
| Problématique | Sous-objectif | Solution |
|---|---|---|
| Poussée active avec diarrhée importante et dénutrition débutante | Limiter l'irritation digestive et prévenir l'aggravation de la dénutrition, en lien avec le gastro-entérologue et si besoin un diététicien spécialisé | Alimentation pauvre en résidus temporairement, réhydratation, orientation vers un suivi nutritionnel médical si dénutrition avérée |
| Fatigue chronique disproportionnée en phase de rémission biologique | Distinguer fatigue inflammatoire résiduelle et fatigue carentielle ou liée au stress | Bilan des carences (fer, B12, vitamine D), travail sur le sommeil et la charge allostatique |
| Anxiété anticipatoire majeure liée à l'urgence défécatoire | Réduire l'impact psychosocial de la maladie | Orientation vers soutien psychologique spécialisé, techniques de gestion du stress, travail sur l'axe intestin-cerveau |
Boîte à outils
Priorité :
- Aliments riches en oméga-3 (poissons gras, huile de colza) : modulation de l'inflammation
- Modalité : 2 à 3 portions de poisson gras par semaine, ou huile de colza en assaisonnement quotidien
- Bouillon d'os et cuissons douces en phase de poussée : apport nutritionnel digestible, soutien de la muqueuse
- Modalité : bouillon maison quotidien en phase active, cuissons vapeur ou mijotées
- Réduction des émulsifiants et additifs alimentaires (carmellose, polysorbate-80, carraghénanes) : suspicion d'impact délétère sur le microbiote et la barrière intestinale
- Modalité : lecture systématique des étiquettes, privilégier les produits bruts
Options complémentaires :
- Curcuma en cuisine (en complément de la phytothérapie ciblée) : soutien anti-inflammatoire doux
- Modalité : intégration culinaire régulière, associé à du poivre noir pour l'absorption
- Fibres solubles (avoine, psyllium) en phase de rémission uniquement : soutien du microbiote
- Modalité : introduction progressive, à éviter en cas de sténose ou en poussée
Précautions : pas de fibres insolubles en cas de sténose digestive connue ; pas de restriction calorique ni d'objectif de poids en autonomie, toute question nutritionnelle en contexte de dénutrition relève d'un diététicien spécialisé en lien avec le gastro-entérologue ; éviction alimentaire large ou jeûne prolongé déconseillés, en particulier en poussée.
Priorité :
- Fer (selon bilan) : correction de l'anémie carentielle fréquente
- Modalité : forme bien tolérée digestivement (bisglycinate), à ajuster selon ferritine
- Vitamine D : immunomodulation, fréquemment carencée dans les MICI
- Modalité : 2000 à 4000 UI/jour selon dosage sanguin, réévaluation à 3 mois
- Zinc : soutien de la cicatrisation muqueuse et de l'immunité
- Modalité : 15 à 20 mg/jour en cure de 4 à 8 semaines
Options complémentaires :
- Vitamine B12 (surtout si atteinte iléale ou résection dans la maladie de Crohn) : prévention de la carence
- Modalité : selon dosage, forme injectable si malabsorption avérée
- Glutamine : soutien trophique de l'entérocyte
- Modalité : 5 g/jour, cure courte, à discuter selon contexte oncologique éventuel
- Probiotiques ciblés (souches documentées, notamment en RCH) : soutien de la rémission
- Modalité : introduction progressive, hors poussée sévère
Précautions : glutamine à éviter en contexte oncologique non stabilisé ; fer à distance des IPP et de certains traitements ; probiotiques à réévaluer en cas d'immunosuppression profonde (avis médical).
Priorité :
- Cohérence cardiaque : régulation du système nerveux autonome, impact démontré sur l'axe intestin-cerveau
- Modalité : 3 fois 5 minutes par jour
- Accompagnement psychologique spécialisé en cas d'anxiété anticipatoire marquée : réduction du retentissement psychosocial
- Modalité : orientation vers un psychologue formé aux maladies chroniques digestives
Options complémentaires :
- Sophrologie ou méditation de pleine conscience : réduction du stress perçu
- Modalité : séances hebdomadaires ou pratique autonome guidée
- Groupes de parole/associations de patients (type afa Crohn RCH France) : soutien par les pairs
- Modalité : orientation selon souhait de la personne
Précautions : aucune spécificité supplémentaire.
Priorité :
- Marche régulière et activité d'endurance douce : effet anti-inflammatoire systémique, lutte contre le déconditionnement
- Modalité : 30 minutes, 3 à 5 fois par semaine, adaptée à la fatigue
Options complémentaires :
- Yoga doux : soutien de la détente et de la mobilité digestive
- Modalité : 1 à 2 séances par semaine
Précautions : adapter l'intensité en poussée (fatigue, risque de déshydratation en cas de diarrhée importante) ; pas d'activité intense en poussée sévère.
Naturopathique : suivi trimestriel en rémission, plus rapproché en poussée ou en phase d'ajustement thérapeutique.
Conventionnel : gastro-entérologue référent (suivi de fond incontournable), diététicien spécialisé en cas de dénutrition ou de restriction alimentaire complexe.
Autre : psychologue spécialisé en maladies chroniques, association de patients (afa Crohn RCH France), sophrologue si anxiété anticipatoire marquée.
Priorité :
- Curcuma (extrait standardisé en curcuminoïdes) : soutien anti-inflammatoire, données cliniques encourageantes notamment en RCH en association au traitement de fond
- Modalité : 1 à 2 g/jour d'extrait standardisé, cure de plusieurs semaines, en dehors des poussées sévères
- Boswellia serrata : soutien anti-inflammatoire digestif
- Modalité : extrait titré en acides boswelliques, selon posologie du produit
Options complémentaires :
- Réglisse déglycyrrhizinée (DGL) : soutien de la muqueuse digestive
- Modalité : à mâcher avant les repas, cure courte
Précautions : curcuma à haute dose à éviter en cas de lithiase biliaire (voir fiche Lithiases biliaires) ou de traitement anticoagulant ; aucune plante ne doit retarder ou remplacer une biothérapie en cas de poussée sévère.
Priorité :
- Hydrolat de camomille romaine : apaisement digestif doux, bien toléré
- Modalité : 1 cuillère à café diluée dans un verre d'eau, 2 fois par jour
Options complémentaires :
- Huile essentielle de basilic exotique en cas de spasmes (hors poussée sévère et hors contre-indication) : antispasmodique
- Modalité : 1 à 2 gouttes diluées sur le ventre, avec prudence
Précautions : huiles essentielles à utiliser avec grande prudence en poussée active et à éviter en cas de lésions ano-périnéales ou de muqueuse fragilisée ; hydrolats à privilégier en première intention.
Priorité :
- Hydratation renforcée en cas de diarrhée active : prévention de la déshydratation
- Modalité : eau régulière fractionnée, réhydratation orale si diarrhée importante
Options complémentaires :
- Bains tièdes relaxants : détente générale
- Modalité : 1 à 2 fois par semaine
Précautions : aucune spécificité supplémentaire.
Priorité :
- Régularité du coucher et du lever : soutien de l'immunité et de la régulation du stress
- Modalité : horaires fixes, 7 à 9 heures de sommeil
Options complémentaires :
- Tenue d'un journal des symptômes et des repas : identification des déclencheurs individuels
- Modalité : carnet ou application, sur plusieurs semaines
Précautions : aucune spécificité supplémentaire.
- Aucune éviction alimentaire large, jeûne ou restriction calorique en autonomie, en particulier en poussée ou en cas de dénutrition avérée
- Prudence avec la phytothérapie et l'aromatologie en poussée sévère ou sur lésions ano-périnéales
- Probiotiques et compléments à réévaluer systématiquement en cas d'immunosuppression profonde (biothérapie, corticothérapie à forte dose)
- Curcuma à dose élevée déconseillé en cas de lithiase biliaire ou sous anticoagulant
- Toute proposition naturopathique doit rester secondaire et coordonnée au traitement médical de fond, jamais substitutive
Rappels
Barrière intestinale
- Épithélium à renouvellement rapide, scellé par des jonctions serrées régulant le passage paracellulaire
- Mucus protecteur et flore commensale participant à l'intégrité de la barrière
Immunité intestinale
- Le tissu lymphoïde associé à l'intestin (GALT) constitue la plus grande masse de tissu immunitaire de l'organisme
- Tolérance immunitaire physiologique vis-à-vis du microbiote commensal, rompue dans les MICI
Microbiote intestinal
- Rôle dans la production d'acides gras à chaîne courte (dont le butyrate), source d'énergie des colonocytes et modulateur anti-inflammatoire local
- Diversité microbienne associée à une meilleure résilience de la muqueuse
Amont :
- Dysbiose intestinale préexistante (voir fiche dédiée)
- Hyperperméabilité intestinale antérieure à la maladie (voir fiche dédiée)
- Terrain de stress chronique et charge allostatique élevée
- Antécédents de gastro-entérites infectieuses répétées ou de prise antibiotique dans l'enfance
Aval :
- Retentissement nutritionnel systémique : carences en fer, B12, vitamine D, zinc, pouvant entraîner anémie, fatigue chronique, fragilité osseuse
- Retentissement sur la sphère bucco-dentaire (aphtes récidivants, voir fiche Glossite) par extension possible de l'inflammation muqueuse
- Retentissement articulaire et cutané par le biais des manifestations extra-intestinales partageant des mécanismes immunitaires communs
- Retentissement psychologique et social (anxiété, isolement) qui, via l'axe intestin-cerveau, peut à son tour entretenir l'inflammation et favoriser les rechutes
- Retentissement sur la fertilité et la grossesse en cas de maladie active non contrôlée (voir fiche Troubles de la grossesse pour le suivi des symptômes digestifs en cas de grossesse chez une patiente MICI)
Niveaux de preuves
- ⭐⭐⭐ Rôle du microbiote et de la dysbiose dans la physiopathologie des MICI
- ⭐⭐⭐ Efficacité des biothérapies (anti-TNF, anti-intégrine, anti-IL-23) dans l'induction et le maintien de la rémission
- ⭐⭐⭐ Tabagisme comme facteur de risque et aggravant démontré dans la maladie de Crohn
- ⭐⭐⭐ Risque accru de cancer colorectal justifiant la surveillance endoscopique
- ⭐⭐ Impact des émulsifiants alimentaires sur le microbiote et la perméabilité intestinale
- ⭐⭐ Efficacité du curcuma en association au traitement de fond dans la RCH
- ⭐⭐ Lien entre stress chronique et déclenchement des poussées
- ⭐⭐ Intérêt de la vitamine D en immunomodulation
- ⭐ Usage de la glutamine en soutien trophique entérocytaire
- ⭐ Usage de la réglisse déglycyrrhizinée et des hydrolats digestifs en soutien symptomatique
- ⭐ Bénéfice de la sophrologie sur la qualité de vie en MICI
Sources
- GETAID (Groupe d'Étude Thérapeutique des Affections Inflammatoires du Tube Digestif), Recommandations françaises sur la maladie de Crohn, 2025
- ECCO (European Crohn's and Colitis Organisation), recommandations 2024
- Consensus STRIDE-II sur les objectifs thérapeutiques dans les MICI
- Association François Aupetit (afa Crohn RCH France), ressources patients et biothérapies
- IOIBD, recommandations diététiques 2020
- FMC-HGE, données sur les biothérapies anti-IL-23 dans les MICI, 2025-2026
- ESPEN, facteurs de risque réversibles des MICI
