
Adénomyose
26 août 2026
Kystes ovariens fonctionnels
26 août 2026Aménorrhée (primaire/secondaire)
Absence de règles, primaire (jamais eu de règles à 15 ans, ou 13 ans sans développement pubertaire) ou secondaire (absence de règles depuis plus de 3 mois chez une femme préalablement réglée, ou 6 mois en cas de cycles irréguliers), pouvant relever de causes utérines, ovariennes, hypophysaires ou hypothalamiques. Parmi ces dernières, l'aménorrhée hypothalamique fonctionnelle (AHF) est particulièrement fréquente, liée à un déficit énergétique, un stress intense et/ou une activité physique excessive, et représente à elle seule 20 à 35 % des aménorrhées secondaires. L'enjeu principal est une démarche diagnostique rigoureuse (éliminer une grossesse en premier lieu, puis les autres causes) avant toute prise en charge, et pour l'AHF spécifiquement, la restauration de l'équilibre énergétique comme traitement de première intention, dans une coordination pluridisciplinaire étroite.
En quelques mots
- Toujours éliminer une grossesse en premier lieu devant toute aménorrhée secondaire, avant toute autre exploration — un réflexe simple mais parfois oublié dans l'urgence de comprendre une cause plus complexe.
- L'aménorrhée hypothalamique fonctionnelle est un diagnostic d'exclusion : ne jamais la retenir sans un bilan ayant écarté les autres causes (grossesse, SMOP, hyperprolactinémie, dysthyroïdie, insuffisance ovarienne prématurée) — la confusion diagnostique retarde une prise en charge adaptée.
- Systématiquement rechercher un déficit énergétique sous-jacent (restriction alimentaire volontaire ou non, activité physique intense, perte de poids récente) même en l'absence de trouble du comportement alimentaire déclaré : l'AHF peut survenir sur un terrain de restriction non reconnue comme telle par la personne elle-même.
- Ne jamais sous-estimer le risque osseux de l'AHF : l'hypoestrogénie prolongée expose à une perte de densité osseuse significative, parfois précoce et marquée, y compris chez de jeunes femmes sportives en apparence en bonne santé.
- Une aménorrhée primaire nécessite toujours une orientation médicale spécialisée rapide (recherche de cause génétique, anatomique ou endocrinienne) : ne jamais proposer d'accompagnement naturopathique isolé sans bilan étiologique préalable.
- Soutenir la restauration de l'équilibre énergétique en cas d'aménorrhée hypothalamique fonctionnelle, en coordination pluridisciplinaire
- Accompagner la réduction du stress chronique et l'axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien
- Prévenir et limiter l'impact osseux de la carence œstrogénique
- Accompagner le rapport au corps, à l'alimentation et à l'activité physique, souvent complexe dans ce contexte
- Repérer et orienter sans délai vers le bilan et l'accompagnement médical/psychologique appropriés

Diagnostic
L'aménorrhée primaire est définie par l'absence de règles à 15 ans en présence d'un développement pubertaire normal, ou à 13 ans en l'absence de tout développement pubertaire, ou 3 ans après le début du développement mammaire sans survenue des règles. L'aménorrhée secondaire est définie par l'absence de règles pendant au moins 3 mois chez une femme préalablement réglée avec des cycles réguliers, ou 6 mois en cas de cycles irréguliers. Le bilan étiologique de l'aménorrhée secondaire élimine en premier lieu une grossesse (dosage des bHCG), puis explore par un bilan hormonal de base (œstradiol, FSH, LH, prolactine, TSH, testostérone totale) orienté selon le contexte clinique, complété si besoin par une imagerie (échographie pelvienne, IRM hypothalamo-hypophysaire en cas de gonadotrophines basses). Le diagnostic d'aménorrhée hypothalamique fonctionnelle repose sur des gonadotrophines basses ou normales-basses avec un œstradiol bas, dans un contexte évocateur (déficit énergétique, stress, exercice intense), après exclusion des autres causes.
- SMOP (ex-SOPK) : cause la plus fréquente d'aménorrhée/oligoménorrhée d'origine ovarienne, profil hormonal différent (LH souvent élevée, hyperandrogénie — voir fiche SMOP)
- Hyperprolactinémie : galactorrhée parfois associée, à rechercher systématiquement par le dosage de la prolactine
- Insuffisance ovarienne prématurée : FSH élevée, œstradiol bas, avant 40 ans (voir fiche dédiée)
- Dysthyroïdie (hypo ou hyperthyroïdie)
- Syndrome de Cushing, hyperandrogénie surrénalienne
- Causes anatomiques/utérines : synéchies utérines (syndrome d'Asherman, souvent post-curetage), malformations müllériennes (dans le cadre d'une aménorrhée primaire)
- Causes génétiques (aménorrhée primaire) : syndrome de Turner, syndrome de Rokitansky (agénésie utéro-vaginale), syndrome d'insensibilité aux androgènes
- Causes iatrogènes : contraception hormonale prolongée, certains traitements (antipsychotiques via hyperprolactinémie)
- Aménorrhée hypothalamique fonctionnelle : diagnostic d'exclusion, à retenir seulement après avoir écarté les causes ci-dessus
- Absence de règles, seul signe obligatoire par définition
- En cas d'AHF : signes d'hypoestrogénie (sécheresse vaginale, parfois bouffées de chaleur), signes du contexte causal (fatigue, signes de restriction alimentaire ou de surentraînement, troubles du sommeil)
- Signes associés selon la cause : galactorrhée (hyperprolactinémie), hirsutisme/acné (SMOP, hyperandrogénie), bouffées de chaleur et sécheresse (insuffisance ovarienne prématurée)
- Infertilité ou difficulté à concevoir, motif de consultation fréquent
- Chez l'adolescente avec aménorrhée primaire : absence de développement pubertaire à rechercher systématiquement
Évolution favorable : dans l'AHF, restauration spontanée des cycles en quelques mois après correction du déficit énergétique et/ou réduction du stress/de l'activité physique, dans la grande majorité des cas, la condition étant réversible.
Évolution défavorable : en l'absence de correction du déficit énergétique dans l'AHF, persistance de l'hypoestrogénie avec risque d'ostéopénie puis d'ostéoporose (parfois dès l'adolescence dans les formes sévères prolongées), infertilité prolongée, retentissement cumulatif sur l'estime de soi et le rapport au corps ; dans les autres causes, évolution propre à la pathologie sous-jacente. Signes devant faire accélérer la prise en charge : perte de poids importante et rapide, signes de trouble du comportement alimentaire associé, fracture de fatigue (signe d'ostéoporose déjà installée), aménorrhée primaire non explorée après 15 ans.
- Déficit énergétique relatif (apports caloriques insuffisants par rapport à la dépense, avec ou sans restriction volontaire) : cause centrale de l'AHF
- Activité physique intense ou de compétition (risque d'aménorrhée multiplié par environ 3 selon les données, davantage chez les athlètes d'endurance)
- Stress psychologique intense
- Trouble du comportement alimentaire sous-jacent, parfois non reconnu comme tel
- Perte de poids rapide, quelle qu'en soit la cause
- Combinaison de ces facteurs (concept de déficit énergétique relatif dans le sport, RED-S)
- Pour les autres causes d'aménorrhée : se référer aux causes spécifiques de chaque pathologie sous-jacente (SMOP, insuffisance ovarienne prématurée, hyperprolactinémie, etc.)
- Poursuite de la restriction calorique et/ou de l'entraînement intensif malgré l'aménorrhée
- Stress chronique non pris en charge
- Absence de reconnaissance du déficit énergétique par la personne elle-même ou son entourage sportif
- Carence en vitamine D et calcium, aggravant le risque osseux déjà présent
- Retard de prise en charge (majore le risque de perte osseuse cumulative)
Physiopathologie
- Régulation normale de l'axe hypothalamo-hypophyso-ovarien
- L'hypothalamus sécrète la GnRH de façon pulsatile, stimulant la sécrétion hypophysaire de FSH et LH, qui orchestrent le cycle ovarien
- Cette pulsatilité de la GnRH est finement régulée par de nombreux signaux périphériques, notamment métaboliques (leptine, insuline, ghréline) et de stress (axe HPA, cortisol)
- Impact du déficit énergétique sur la pulsatilité de la GnRH
- Un déficit énergétique chronique (apports insuffisants par rapport à la dépense) → chute de la leptine, hormone sécrétée par le tissu adipeux qui signale normalement à l'hypothalamus un état énergétique suffisant pour soutenir la reproduction
- → réduction de la stimulation kisspeptine-dépendante de la GnRH → diminution de la fréquence et de l'amplitude des pulses de GnRH
- → sécrétion insuffisante de FSH/LH → absence de développement folliculaire et d'ovulation → chute de la production ovarienne d'œstradiol
- Rôle du stress et de l'axe HPA
- Le stress chronique active l'axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien → élévation du CRH (corticotropin-releasing hormone) et du cortisol
- Le CRH exerce un effet inhibiteur direct sur la sécrétion de GnRH, indépendamment du statut énergétique → un stress intense peut à lui seul suffire à inhiber l'axe reproducteur, ou s'ajouter à un déficit énergétique pour l'aggraver
- Conséquences systémiques de l'hypoestrogénie
- Sur l'os : comme dans l'insuffisance ovarienne prématurée, la levée du frein œstrogénique sur les ostéoclastes accélère la résorption osseuse ; ce phénomène est aggravé dans l'AHF par les effets propres du déficit énergétique sur l'os (baisse de l'IGF-1, élévation du cortisol, tous deux délétères pour la formation osseuse) — double mécanisme qui explique une perte osseuse parfois sévère et précoce, y compris chez des femmes jeunes
- Sur la fertilité : anovulation chronique
- Sur les muqueuses génitales : atrophie et sécheresse, comme dans toute hypoestrogénie prolongée
- Réversibilité
- Contrairement à l'insuffisance ovarienne prématurée, l'AHF est en théorie totalement réversible : la restauration de l'équilibre énergétique et/ou la réduction du stress permettent, dans la grande majorité des cas, la reprise spontanée d'une pulsatilité normale de la GnRH et le retour des cycles
Déficit énergétique chronique et/ou stress intense et/ou activité physique excessive
→ chute de la leptine et activation de l'axe du stress (cortisol, CRH)
→ réduction de la stimulation kisspeptine-dépendante et inhibition directe de la pulsatilité de la GnRH hypothalamique
→ sécrétion insuffisante de FSH/LH, absence de développement folliculaire et d'ovulation
→ chute de la production ovarienne d'œstradiol
→ aménorrhée, avec hypoestrogénie systémique : impact osseux (aggravé par les effets propres du déficit énergétique sur l'os), infertilité, atrophie des muqueuses génitales
→ réversibilité en théorie complète après restauration de l'équilibre énergétique et réduction du stress, mais avec un risque de séquelles osseuses cumulatives en cas de retard de prise en charge.
Accompagnement allopathique
Objectif : prévenir l'installation d'une aménorrhée chez les femmes à risque (sportives de haut niveau, contexte de restriction alimentaire)
Traitement : sensibilisation et dépistage systématique dans le milieu sportif (concept de déficit énergétique relatif dans le sport, RED-S), suivi gynécologique et nutritionnel des sportives de haut niveau, éducation sur les signes d'alerte
Objectif : restaurer la fonction ovulatoire et prévenir les complications osseuses, selon la cause identifiée
Traitement : pour l'AHF, traitement de première intention non médicamenteux (augmentation des apports énergétiques, réduction du volume d'entraînement, prise en charge psychologique, notamment thérapie cognitivo-comportementale) ; en cas d'échec ou de risque osseux marqué, œstrogènes transdermiques associés à un progestatif oral cyclique (préférés à la contraception estroprogestative classique, qui masquerait le retour des règles spontanées et protégerait moins bien l'os) ; citrate de clomifène ou GnRH pulsatile pour l'induction de l'ovulation en cas de désir de grossesse, seulement après restauration d'un poids et d'un statut énergétique suffisants ; traitement spécifique de la cause sous-jacente pour les autres formes d'aménorrhée
Évaluation fonctionnelle du terrain
- Depuis quand n'avez-vous plus de règles, et comment étaient vos cycles auparavant ?
- Avez-vous eu un test de grossesse récent ?
- Avez-vous connu une perte de poids récente, volontaire ou non, et comment est votre alimentation actuelle ?
- Quel est votre niveau d'activité physique, en particulier en termes d'intensité et de volume d'entraînement ?
- Comment évaluez-vous votre niveau de stress actuel, et traversez-vous une période particulièrement exigeante ?
- Avez-vous des antécédents ou un vécu actuel en lien avec l'alimentation qui vous préoccupent (restriction, contrôle, culpabilité alimentaire) ?
- Avez-vous des signes associés : galactorrhée, bouffées de chaleur, acné, pilosité excessive ?
- Avez-vous un désir de grossesse actuel ou futur ?
- Avez-vous déjà eu un bilan hormonal ou une imagerie réalisés pour cette aménorrhée ?
- Avez-vous des antécédents de fracture de fatigue ou un bilan de densité osseuse réalisé ?
- Comment vivez-vous cette absence de règles sur le plan émotionnel ?
Bilans conventionnels (à faire prescrire par le médecin traitant/gynécologue)
- Test de grossesse (bHCG) systématique en première intention devant toute aménorrhée secondaire
- Bilan hormonal de base : œstradiol, FSH, LH, prolactine, TSH, testostérone totale
- IRM hypothalamo-hypophysaire en cas de gonadotrophines basses
- Ostéodensitométrie en cas d'aménorrhée prolongée (plus de 6 mois) évoquant une AHF
- Échographie pelvienne selon le contexte
Bilans fonctionnels (Laboratoire Barbier/BIOAVENIR, LIMS, Synlab)
- Statut en vitamine D et calcium, marqueurs du remodelage osseux si accessibles — à prioriser en première intention compte tenu du risque osseux de l'AHF
- Bilan du statut nutritionnel global (statut en fer, B12, oméga-3) si suspicion de déficit énergétique
- Cortisol salivaire sur la journée si suspicion de dérégulation marquée de l'axe du stress
Accompagnement naturopathique
Accompagnement naturopathique préventif
Objectif : s'adresser aux femmes à risque de déficit énergétique (sportives, contexte de restriction, période de stress intense) avec des cycles encore présents mais fragilisés (spanioménorrhée débutante), afin de prévenir l'installation d'une aménorrhée complète
Protocole :
- Séance 1 : anamnèse complète du contexte sportif, alimentaire et psychologique, sensibilisation au concept de déficit énergétique et à ses conséquences, orientation vers un avis médical si des signes sont déjà présents. Outil mobilisé en priorité : orientation vers l'équipe médicale et sensibilisation, sans accompagnement alimentaire chiffré en autonomie.
- Séance 2 (à 4-6 semaines) : réévaluation
- Suivi : point régulier en coordination avec le suivi médical/sportif
Les accompagnements diffèrent selon le profil identifié au questionnaire :
| Problématique | Sous-objectif | Solution |
|---|---|---|
| Sportive de haut niveau avec cycles irréguliers débutants, sans aménorrhée complète | Prévenir l'installation d'un déficit énergétique relatif dans le sport | Orientation vers le médecin du sport et un diététicien spécialisé, sensibilisation de l'entourage sportif |
| Période de stress intense (examens, transition de vie) avec retard de règles isolé | Réduire l'impact du stress sur l'axe hormonal | Gestion du stress renforcée, orientation médicale si le retard se prolonge au-delà de quelques semaines |
| Antécédent personnel de restriction alimentaire, cycles actuellement présents mais fragiles | Soutenir un rapport apaisé à l'alimentation en prévention | Orientation vers un accompagnement psychologique/nutritionnel spécialisé, vigilance sans dramatisation |
Accompagnement naturopathique de soutien
Objectif : accompagner une femme avec AHF diagnostiquée, en soutien strict de la prise en charge médicale, nutritionnelle et psychologique pluridisciplinaire déjà en place, pour soutenir la restauration de l'équilibre énergétique et la santé osseuse, sans jamais s'y substituer
Protocole :
- Séance 1 : vérification de la coordination avec l'équipe pluridisciplinaire déjà en place (médecin, diététicien, psychologue), accueil du vécu émotionnel, soutien du volet gestion du stress. Aucune recommandation alimentaire chiffrée en autonomie ; orientation prioritaire si ce suivi n'est pas encore en place.
- Séance 2 (à 4-6 semaines) : évaluation de l'évolution en lien avec l'équipe médicale, renforcement du soutien osseux (vitamine D, calcium) et de la gestion du stress
- Séance 3 (si besoin, à 8-12 semaines) : consolidation, accompagnement du retour progressif des cycles et du vécu associé
Les accompagnements diffèrent selon le profil identifié au questionnaire :
| Problématique | Sous-objectif | Solution |
|---|---|---|
| AHF avec risque osseux confirmé (ostéopénie/ostéoporose) | Soutenir la santé osseuse en coordination avec le suivi médical | Vitamine D, calcium, vitamine K2, activité physique en charge adaptée (jamais celle ayant contribué au déficit énergétique) |
| AHF dans un contexte de trouble du comportement alimentaire identifié | Soutenir sans interférer avec la prise en charge spécialisée | Orientation prioritaire et systématique vers une équipe spécialisée en troubles du comportement alimentaire, accompagnement en coordination stricte, aucune recommandation alimentaire chiffrée |
| AHF chez une sportive de haut niveau non désireuse de réduire son volume d'entraînement | Accompagner un dialogue réaliste avec l'équipe médicale et sportive | Information factuelle sur les risques osseux à long terme, orientation vers un médecin du sport spécialisé, respect du rythme de la personne |
| AHF avec désir de grossesse | Soutenir la restauration de l'équilibre énergétique comme préalable à toute induction de l'ovulation | Coordination stricte avec l'équipe de fertilité, aucune tentative de grossesse encouragée avant restauration d'un statut énergétique suffisant (voir fiche Infertilité féminine) |
Priorité :
- Augmentation progressive et suffisante des apports énergétiques, en coordination avec un diététicien spécialisé : condition indispensable à la restauration de la pulsatilité de la GnRH
- Modalité : objectifs quantitatifs à définir exclusivement par l'équipe médicale/diététique spécialisée, jamais par le naturopathe seul
- Répartition régulière des repas sur la journée, réintroduction progressive d'une alimentation variée et non restrictive
- Modalité : en coordination avec l'accompagnement nutritionnel spécialisé en cours
Options complémentaires :
- Aliments riches en calcium et en bonnes graisses, nécessaires à la synthèse hormonale, intégrés progressivement
- Modalité : selon le plan nutritionnel spécialisé en cours
Précautions : le naturopathe ne doit jamais définir seul d'objectifs caloriques, de macronutriments ou de prise de poids chiffrés — ce travail relève exclusivement du médecin et du diététicien spécialisés, en particulier en contexte de trouble du comportement alimentaire potentiel
Priorité :
- Vitamine D3 : soutien de l'absorption du calcium et de la santé osseuse, statut souvent insuffisant dans ce contexte
- Modalité : dose adaptée au statut mesuré, en cure continue
- Calcium (si apports alimentaires encore insuffisants) : protection osseuse directe
- Modalité : à ajuster selon les apports alimentaires réels et les recommandations de l'équipe médicale
Options complémentaires :
- Vitamine K2 : oriente le calcium vers l'os
- Modalité : 100 à 200 µg/jour, en cure continue
- Oméga-3 : soutien anti-inflammatoire général
- Modalité : 1 à 2 g/jour
Précautions : toute supplémentation reste un soutien du volet osseux, elle ne remplace en rien la restauration de l'équilibre énergétique qui reste le traitement de fond indispensable
Priorité :
- Cohérence cardiaque quotidienne : réduction du cortisol et de son effet inhibiteur sur la GnRH
- Modalité : 3 fois/jour, 5 minutes
- Espace d'écoute dédié au rapport au corps, à l'alimentation et à l'activité physique, sans jugement
- Modalité : partie intégrante de chaque séance
Options complémentaires :
- Thérapie cognitivo-comportementale : approche de référence en cas de composante anxieuse ou de trouble du comportement alimentaire associé
- Modalité : orientation vers un professionnel spécialisé
Précautions : orienter systématiquement et sans délai vers un accompagnement psychologique spécialisé en cas de suspicion de trouble du comportement alimentaire ; ne jamais minimiser ni dramatiser le rapport de la personne à son corps et à l'alimentation
Priorité :
- Réduction du volume et de l'intensité d'entraînement, en coordination avec le médecin du sport ou l'équipe médicale : mesure la plus directement liée à la restauration de l'équilibre énergétique
- Modalité : ajustement défini par l'équipe médicale/sportive spécialisée, jamais par le naturopathe seul
Options complémentaires :
- Activités douces sans objectif de performance (marche, étirements) le temps de la restauration
- Modalité : selon le ressenti et les recommandations médicales
Précautions : ne jamais recommander une activité physique de substitution qui viendrait compenser la réduction demandée par ailleurs ; la décision de réduction du volume d'entraînement relève de l'équipe médicale, pas du naturopathe seul
Naturopathique : réévaluation régulière, toujours en miroir et coordination du suivi médical, nutritionnel et psychologique pluridisciplinaire, jamais en remplacement
Conventionnel : suivi endocrinologique/gynécologique, ostéodensitométrie de contrôle selon les recommandations, suivi diététique spécialisé indispensable
Autre : psychologue ou thérapeute spécialisé en troubles du comportement alimentaire (orientation prioritaire et systématique en cas de suspicion), médecin du sport si contexte sportif, diététicien spécialisé du sport ou des troubles alimentaires
Priorité : approche prudente dans ce contexte — aucune plante à visée hormonale (gattilier notamment) n'est recommandée en première intention, le mécanisme de l'AHF n'étant pas un déséquilibre hormonal primaire mais la conséquence d'un déficit énergétique/stress à corriger en amont
Options complémentaires :
- Plantes adaptogènes douces (ashwagandha) en soutien du terrain de stress, une fois le statut énergétique en voie de restauration et validé par l'équipe médicale
- Modalité : cure de 4 à 8 semaines, en coordination médicale
Précautions : le gattilier et les autres régulateurs de cycle n'ont pas leur place en première intention dans l'AHF, qui n'est pas un trouble ovulatoire primaire mais central — leur usage pourrait masquer la nécessité de la prise en charge de fond
Priorité :
- HE de lavande vraie en olfaction : soutien du sommeil et de la détente
- Modalité : quelques gouttes sur un mouchoir ou en diffusion, le soir
Options complémentaires :
- HE de petit grain bigarade : régulatrice du système nerveux
- Modalité : diffusion atmosphérique
Précautions : aucune indication d'huile essentielle à visée hormonale dans ce contexte
Priorité :
- Bain chaud pour la détente générale
- Modalité : selon besoin
Options complémentaires : aucune spécificité supplémentaire
Précautions : aucune
Priorité :
- Sommeil suffisant et régulier : soutien de la régulation hormonale globale et de l'axe du stress
- Modalité : 7 à 9h par nuit, horaires stables
- Suivi d'un calendrier des cycles en coordination avec l'équipe médicale : objectivation du retour des règles
- Modalité : application ou carnet, en continu
Options complémentaires :
- Réduction des écrans le soir, exposition à la lumière naturelle le matin
- Modalité : soutien du rythme circadien
Précautions : veiller à ce que le suivi du cycle ne devienne pas lui-même une source d'anxiété ou de contrôle supplémentaire
- Aucune plante ou complément à visée hormonale ne doit être proposé en première intention dans l'AHF, le mécanisme étant central et non ovarien primaire
- Ne jamais définir d'objectifs caloriques, de macronutriments ou de perte/prise de poids chiffrés en autonomie — ce travail relève exclusivement de l'équipe médicale et diététique spécialisée
- Ne jamais recommander une réduction ou une modification du volume d'activité physique sans coordination avec l'équipe médicale/sportive
- Vérifier systématiquement qu'un suivi pluridisciplinaire (médical, nutritionnel, psychologique) est en place avant tout accompagnement de soutien
Rappels
Axe hypothalamo-hypophyso-ovarien et régulation énergétique
- La GnRH est sécrétée de façon pulsatile par l'hypothalamus, stimulant la sécrétion hypophysaire de FSH et de LH
- Cette pulsatilité est modulée par de nombreux signaux périphériques, notamment la leptine (hormone de satiété sécrétée par le tissu adipeux, reflet des réserves énergétiques) et la kisspeptine (neuropeptide relais essentiel entre les signaux métaboliques et la sécrétion de GnRH)
- Un déficit énergétique chronique fait chuter la leptine, réduisant la stimulation kisspeptine-dépendante de la GnRH
Axe du stress et interaction avec la reproduction
- L'axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien répond au stress par la sécrétion de CRH puis de cortisol
- Le CRH exerce un effet inhibiteur direct sur les neurones à GnRH, ce qui explique pourquoi un stress intense peut, à lui seul ou en association avec un déficit énergétique, entraîner une aménorrhée
Effets systémiques de l'hypoestrogénie et de l'IGF-1
- Les œstrogènes freinent physiologiquement l'activité des ostéoclastes ; leur chute lève ce frein, favorisant la résorption osseuse
- Dans l'AHF, ce mécanisme est aggravé par les effets propres du déficit énergétique sur l'os : baisse de l'IGF-1 (facteur de croissance nécessaire à la formation osseuse) et élévation du cortisol (qui favorise également la résorption), expliquant un risque osseux parfois plus sévère et plus précoce que dans d'autres causes d'hypoestrogénie
Amont :
- Déficit énergétique relatif (apports insuffisants par rapport à la dépense) : mécanisme central de l'AHF, qu'il soit volontaire, involontaire ou lié à un excès d'activité physique
- Stress psychologique chronique : peut à lui seul inhiber l'axe reproducteur via le CRH, ou aggraver un déficit énergétique déjà présent
- Trouble du comportement alimentaire sous-jacent, parfois non reconnu : terrain fréquemment associé, à explorer avec délicatesse
Aval :
- Squelette : risque de perte de densité osseuse, parfois précoce et sévère, avec un risque de fracture de fatigue chez les sportives
- Fertilité : anovulation chronique, infertilité tant que l'équilibre énergétique n'est pas restauré
- Sphère génito-urinaire : atrophie et sécheresse liées à l'hypoestrogénie prolongée
- Retentissement psychologique : image de soi, rapport au corps et à l'alimentation, parfois en lien avec ou aggravé par un trouble du comportement alimentaire
Niveaux de preuves
- ⭐⭐⭐ Rôle du déficit énergétique et du stress chronique dans l'inhibition de la pulsatilité de la GnRH et la physiopathologie de l'AHF
- ⭐⭐⭐ Restauration de l'équilibre énergétique et réduction du volume d'entraînement comme traitement de première intention de l'AHF (recommandations Endocrine Society 2017)
- ⭐⭐⭐ Risque accru de perte de densité osseuse dans l'AHF, aggravé par les effets propres du déficit énergétique sur l'os (IGF-1, cortisol)
- ⭐⭐ Préférence pour les œstrogènes transdermiques associés à un progestatif cyclique plutôt que la contraception estroprogestative classique en cas d'échec du traitement de première intention
- ⭐⭐ Efficacité de la thérapie cognitivo-comportementale en soutien de la restauration de la fonction hypothalamo-hypophyso-ovarienne dans l'AHF
- ⭐⭐ Association entre activité physique de compétition/d'endurance et risque accru d'aménorrhée
- ⭐ Bénéfice des plantes adaptogènes en soutien du terrain de stress, données spécifiques à l'AHF limitées
Sources
- Gordon C.M., Ackerman K.E., Berga S.L. et al., Functional Hypothalamic Amenorrhea: An Endocrine Society Clinical Practice Guideline, Journal of Clinical Endocrinology & Metabolism, 2017
- Société Française d'Endocrinologie — Item 42, Aménorrhée
- La Revue du Praticien — Aménorrhée
- Klein D.A., Paradise S.L., Reeder R.M., Amenorrhea: A systematic approach to diagnosis and management, American Family Physician, 2019
- American College of Obstetricians and Gynecologists (ACOG) — Female Athlete Triad / Relative Energy Deficiency in Sport (RED-S)
- PubMed — revues sur le rôle de la leptine, de la kisspeptine et du CRH dans la régulation de l'axe hypothalamo-hypophyso-ovarien
