
Syndrome Métabolique Ovarien Polyendocrinien (SMOP/ex SOPK) et fertilité
25 août 2026
Syndrome prémenstruel (SPM) et Trouble dysphorique prémenstruel (TDPM)
25 août 2026Dysménorrhée (règles douloureuses)
Douleurs pelviennes cycliques liées aux règles, dues à un excès de prostaglandines (dysménorrhée primaire, sans lésion sous-jacente) ou secondaires à une pathologie pelvienne (endométriose, adénomyose, fibromes). Touche surtout les adolescentes et jeunes femmes pour la forme primaire, tend à s'améliorer avec l'âge et après grossesse. L'enjeu principal est de distinguer une dysménorrhée fonctionnelle banale d'un signal d'alerte d'endométriose, trop souvent banalisé et diagnostiqué en moyenne avec 7 à 10 ans de retard.
En quelques mots
- Ne jamais banaliser une dysménorrhée invalidante (arrêt d'activité, absentéisme scolaire/professionnel) : c'est le premier signe d'alerte d'endométriose, à ne pas laisser passer en anamnèse.
- Distinguer systématiquement dysménorrhée primaire (débute avec les premières règles, douleur qui diminue en cours de règles) et secondaire (apparition tardive, aggravation progressive, douleur qui persiste ou s'intensifie) — la chronologie d'apparition est la clé.
- Interroger spécifiquement la dyspareunie profonde, les douleurs à la défécation pendant les règles et les douleurs non cycliques associées : signes évocateurs d'endométriose souvent non spontanément rapportés.
- Vérifier la prise de contraception hormonale ou de DIU (cuivre notamment, qui peut aggraver les dysménorrhées) et ne jamais interférer avec une prescription médicale en cours sans concertation.
- Repérer les signes de carence martiale associée en cas de règles abondantes concomitantes (fatigue, pâleur, essoufflement) — un volet souvent négligé alors qu'il conditionne l'énergie globale de la cliente.
- Réduire l'inflammation et la production excessive de prostaglandines
- Soutenir la microcirculation utérine et limiter les spasmes
- Identifier et orienter vers un avis médical en cas de suspicion d'endométriose ou d'adénomyose sous-jacente
- Accompagner le terrain hormonal global (équilibre œstro-progestatif fonctionnel)
- Réduire les facteurs pro-inflammatoires alimentaires et le stress, qui amplifient la perception douloureuse
- Soutenir la gestion de la douleur au quotidien sans dépendance aux antalgiques

Diagnostic
Diagnostic essentiellement clinique, basé sur l'interrogatoire (chronologie, intensité, retentissement fonctionnel). Aucun examen n'est nécessaire pour une dysménorrhée primaire typique. En cas de doute ou de suspicion de cause secondaire : échographie pelvienne (endovaginale de préférence), voire IRM pelvienne si suspicion d'endométriose profonde. Le diagnostic d'endométriose peut nécessiter une cœlioscopie exploratrice, bien que l'imagerie de seconde intention (IRM, échographie par des radiologues experts) tende à limiter le recours à la chirurgie diagnostique.
- Endométriose et adénomyose (causes principales de dysménorrhée secondaire)
- Fibromes utérins, notamment sous-muqueux
- Syndrome prémenstruel / TDPM (douleur péri-menstruelle mais mécanisme différent)
- Maladie inflammatoire pelvienne chronique (séquelles d'infection)
- Malformations utérines (utérus cloisonné, bicorne)
- Sténose cervicale
- Syndrome du côlon irritable à recrudescence cataméniale (peut coexister ou mimer)
- Cystite interstitielle (douleur pelvienne chronique avec composante urinaire)
- Douleurs pelviennes/abdominales basses, à type de crampes, débutant juste avant ou au début des règles
- Irradiations lombaires et/ou dans les cuisses
- Nausées, vomissements, diarrhée concomitants (effet systémique des prostaglandines)
- Céphalées cataméniales
- Fatigue intense, malaises voire syncopes dans les formes sévères
- Ballonnements abdominaux cycliques
- Chez les formes secondaires : douleur qui déborde la période des règles, dyspareunie profonde, douleurs à la défécation ou à la miction pendant les règles, infertilité associée
Évolution favorable : la dysménorrhée primaire s'atténue naturellement avec l'âge et après une première grossesse ; une amélioration nette est attendue en 2 à 3 cycles avec un accompagnement ciblé (anti-inflammatoire alimentaire, gestion du stress, phytothérapie adaptée) si aucune cause secondaire n'est en jeu.
Évolution défavorable : en cas de dysménorrhée secondaire non diagnostiquée, aggravation progressive, retentissement sur la fertilité (endométriose), chronicisation de la douleur avec sensibilisation centrale (la douleur devient auto-entretenue indépendamment du stimulus initial), impact psychologique et absentéisme récurrent. Signes devant faire orienter en urgence vers un avis médical : douleur aiguë atypique très intense de début brutal (évoquer torsion d'annexe, GEU si retard de règles), fièvre associée (évoquer infection pelvienne).
- Dysménorrhée primaire : sécrétion excessive de prostaglandines (PGF2α notamment) par l'endomètre sécrétoire, hypercontractilité utérine, hypoxie myométriale
- Ménarche précoce, cycles longs ou règles abondantes
- Antécédents familiaux de dysménorrhée ou d'endométriose
- Tabagisme
- Surpoids ou insuffisance pondérale
- Nulliparité
- Stress chronique (module la perception et l'intensité douloureuse via l'axe HPA)
- Terrain inflammatoire de bas grade (alimentation pro-inflammatoire, dysbiose)
- Alimentation riche en acide arachidonique (viandes grasses, charcuterie) favorisant la synthèse de prostaglandines pro-inflammatoires
- Sédentarité
- Stress chronique et manque de sommeil
- Tabac et alcool
- Carence en magnésium et en oméga-3
- Exposition aux perturbateurs endocriniens (peuvent aggraver un terrain œstrogénique)
- Froid (vasoconstriction pelvienne)
Physiopathologie
- Phase lutéale et chute de la progestérone
- En fin de cycle, la chute de la progestérone déstabilise l'endomètre sécrétoire
- Libération de phospholipides membranaires → activation de la phospholipase A2
- Cascade de l'acide arachidonique
- Libération d'acide arachidonique → conversion par la cyclo-oxygénase (COX) en prostaglandines (PGF2α, PGE2) et par la lipo-oxygénase en leucotriènes
- Les taux de prostaglandines dans le liquide menstruel sont significativement plus élevés chez les femmes souffrant de dysménorrhée sévère
- Effets des prostaglandines sur le myomètre et la vascularisation
- PGF2α → hypercontractilité utérine, vasoconstriction des artérioles spiralées
- Contractions utérines intenses et prolongées → hypoperfusion et hypoxie tissulaire locale
- L'hypoxie myométriale génère elle-même la douleur, de façon comparable à une ischémie musculaire (mécanisme proche de l'angor)
- Sensibilisation et effets systémiques
- Passage des prostaglandines dans la circulation générale → nausées, diarrhée, céphalées, parfois syncope vagale
- Sensibilisation des fibres nerveuses pelviennes en cas de douleur répétée non prise en charge → abaissement du seuil douloureux, risque de chronicisation (sensibilisation centrale)
- Cas particulier de la dysménorrhée secondaire
- Présence d'un foyer lésionnel (endométriose, adénomyose, fibrome) qui entretient une inflammation locale chronique (cytokines pro-inflammatoires, prolifération nerveuse locale) en plus du mécanisme prostaglandinique physiologique → douleur plus intense, plus précoce dans le cycle, moins sensible aux antalgiques usuels
Chute de la progestérone en fin de cycle
→ libération d'acide arachidonique et synthèse excessive de prostaglandines (PGF2α, PGE2)
→ hypercontractilité utérine et vasoconstriction des artérioles spiralées
→ hypoperfusion et hypoxie du myomètre
→ douleur pelvienne à type de crampes, symptômes systémiques associés (nausées, céphalées)
→ sensibilisation possible des voies nerveuses si douleur répétée et non prise en charge
→ chronicisation ou, en présence d'un foyer lésionnel sous-jacent, dysménorrhée secondaire entretenue par l'inflammation locale.
Accompagnement allopathique
Objectif : limiter la survenue de crises douloureuses cycliques et éviter le retentissement fonctionnel
Traitement : contraception hormonale (pilule œstro-progestative ou progestative seule, DIU hormonal) qui bloque l'ovulation et réduit l'épaisseur de l'endomètre sécrétoire ; conseils hygiéno-diététiques donnés en consultation de gynécologie
Objectif : soulager la douleur au moment de la crise
Traitement : anti-inflammatoires non stéroïdiens (ibuprofène, acide méfénamique) en première intention, à débuter dès les premiers signes ; antalgiques simples (paracétamol) en complément ou alternative ; antispasmodiques ; en cas de dysménorrhée secondaire confirmée, traitement de la cause (chirurgie de l'endométriose, traitement hormonal spécifique, myomectomie selon le cas)
Évaluation fonctionnelle du terrain
- À quel âge ont commencé vos règles et depuis quand ces douleurs sont-elles présentes ?
- Décrivez la douleur : où se situe-t-elle, irradie-t-elle, à quel moment du cycle apparaît-elle et combien de temps dure-t-elle ?
- Cette douleur vous empêche-t-elle de mener vos activités habituelles (travail, école, sport) ?
- Avez-vous des douleurs en dehors des règles, pendant les rapports, à la défécation ou à la miction ?
- Avez-vous déjà consulté un gynécologue pour ce motif ? Une échographie a-t-elle été réalisée ?
- Prenez-vous une contraception hormonale ou avez-vous un DIU ?
- Comment sont vos règles (abondance, durée, présence de caillots) ?
- Comment décririez-vous votre alimentation habituelle (fréquence des produits transformés, viande rouge, sucre) ?
- Comment évaluez-vous votre niveau de stress au quotidien et sa variation en période prémenstruelle ?
- Avez-vous des antécédents familiaux de dysménorrhée sévère ou d'endométriose ?
- Que prenez-vous actuellement pour soulager la douleur, et est-ce efficace ?
Bilans conventionnels (à faire prescrire par le médecin traitant/gynécologue)
- Échographie pelvienne endovaginale en première intention si suspicion de cause secondaire
- NFS et ferritine si règles abondantes associées
- Bilan hormonal (FSH, LH, œstradiol, progestérone) si irrégularités du cycle associées
- CRP si suspicion inflammatoire
Bilans fonctionnels (Laboratoire Barbier/BIOAVENIR, LIMS, Synlab)
- Statut en magnésium érythrocytaire et index oméga-3 — à prioriser en première intention, directement actionnables sur la composante inflammatoire
- Stress oxydatif
- Bilan de dysbiose intestinale si troubles digestifs cataméniaux marqués
- Profil œstrogénique (métabolisme des œstrogènes) en cas de suspicion de terrain œstrogénique dominant associé à une dysménorrhée secondaire
Accompagnement naturopathique
Accompagnement naturopathique préventif
Objectif : s'adresser aux jeunes femmes sans antécédent de dysménorrhée sévère mais avec un terrain à risque (antécédents familiaux, alimentation pro-inflammatoire) afin de limiter l'installation de douleurs cycliques importantes
Protocole :
- Séance 1 : anamnèse complète du cycle et du terrain digestif/inflammatoire ; introduction des bases alimentaires anti-inflammatoires (réduction des acides gras saturés et de l'acide arachidonique, augmentation des oméga-3) ; introduction d'une supplémentation de fond en magnésium
- Séance 2 (à J+1 cycle) : évaluation de l'évolution des douleurs, ajustement de la supplémentation, introduction de la phytothérapie adaptogène/régulatrice du cycle (gattilier si pertinent selon anamnèse), mise en place d'une routine de gestion du stress
- Séance 3 (si besoin) : renforcement de l'axe hormonal, introduction de l'activité physique régulière et des techniques de respiration en période prémenstruelle
Les accompagnements diffèrent selon le profil identifié au questionnaire :
| Problématique | Sous-objectif | Solution |
|---|---|---|
| Antécédents familiaux de dysménorrhée sévère ou d'endométriose, cycles encore peu ou pas symptomatiques | Poser un terrain anti-inflammatoire de fond sans alarmer, sensibiliser à ne pas banaliser une aggravation future | Alimentation anti-inflammatoire (réduction de l'acide arachidonique, oméga-3) ; sensibilisation à surveiller l'évolution de la douleur cycle après cycle ; suivi gynécologique standard, sans sur-médicalisation |
| Alimentation pro-inflammatoire marquée et sédentarité chez une adolescente/jeune femme | Corriger le terrain alimentaire et l'activité physique avant l'installation de douleurs importantes | Alimentation anti-inflammatoire en priorité (réduction viandes grasses/charcuterie, augmentation oméga-3) ; introduction progressive d'une activité physique régulière ; accompagnement pédagogique adapté à l'âge |
| Pose récente ou envisagée d'un DIU au cuivre | Anticiper le risque connu d'aggravation des dysménorrhées sous DIU cuivre | Renforcement anti-inflammatoire de fond (magnésium, oméga-3) en amont de la pose ; suivi rapproché des premiers cycles ; orientation vers le gynécologue pour discuter d'une alternative si douleurs mal tolérées après quelques mois |
Accompagnement naturopathique de soutien
Objectif : réduire l'intensité et la durée des crises chez une cliente déjà symptomatique, en complément ou en alternative partielle aux antalgiques, et soutenir un éventuel traitement médical en cours (contraception, prise en charge de l'endométriose)
Protocole :
- Séance 1 : bilan complet du cycle sur 2-3 mois (tenue d'un calendrier menstruel), mise en place immédiate des mesures anti-inflammatoires alimentaires, introduction du magnésium et des oméga-3 à dose d'attaque, conseils de chaleur locale et respiration pendant les crises
- Séance 2 (cycle suivant) : évaluation de l'efficacité, ajout de la phytothérapie antispasmodique/anti-inflammatoire (achillée millefeuille, camomille matricaire), aromatologie en application locale
- Séance 3 : consolidation, travail sur le terrain hormonal de fond si récidive, orientation vers avis médical si absence d'amélioration après 3 cycles ou aggravation (signe d'alerte de cause secondaire non diagnostiquée)
Les accompagnements diffèrent selon le profil identifié au questionnaire :
| Problématique | Sous-objectif | Solution |
|---|---|---|
| Dysménorrhée avec règles abondantes et signes de carence martiale | Corriger la carence martiale et réduire le flux | Alimentation riche en fer héminique et vitamine C associée ; plantes hémostatiques douces (bourse-à-pasteur) sur cycle court, sous supervision ; orientation vers dosage de la ferritine |
| Dysménorrhée avec composante digestive marquée (nausées, diarrhées cataméniales) | Soutenir le terrain digestif et réduire l'hyperréactivité intestinale | Alimentation pauvre en FODMAPs en période prémenstruelle si terrain sensible ; probiotiques ciblés ; gingembre en anti-nauséeux |
| Suspicion clinique d'endométriose (douleur hors règles, dyspareunie, infertilité) | Orienter et ne pas retarder le diagnostic | Orientation prioritaire vers gynécologue/endométriose-expert ; accompagnement naturopathique en soutien uniquement, sans retarder la démarche médicale |
| Dysménorrhée avec forte composante anxieuse/stress perçu | Réduire l'hypervigilance douloureuse | Techniques de gestion du stress (cohérence cardiaque, sophrologie), magnésium à visée neuro-relaxante, accompagnement psychocorporel |
Boîte à outils
Priorité :
- Réduction des apports en acide arachidonique (viandes grasses, charcuterie, produits laitiers riches) : réduit le substrat de synthèse des prostaglandines pro-inflammatoires
- Modalité : en continu, à intensifier sur les 10 jours précédant les règles
- Poissons gras (sardine, maquereau, saumon) : apport en oméga-3 EPA/DHA, précurseurs de prostaglandines anti-inflammatoires (série 3)
- Modalité : 2 à 3 fois par semaine
- Légumes verts riches en magnésium (épinards, blettes) et fruits à coque : soutien de la relaxation musculaire lisse
- Modalité : en routine, sur les 10 jours précédant les règles
Options complémentaires :
- Curcuma frais ou en poudre associé au poivre noir : anti-inflammatoire naturel
- Modalité : 1 à 2 g/jour dans l'alimentation en période prémenstruelle
- Gingembre frais : anti-inflammatoire et antalgique digestif
- Modalité : infusion ou râpé dans les plats, dès les premiers signes
Précautions : pas de restriction extrême sans accompagnement, risque de carences si régime trop restrictif chez une population souvent jeune
Priorité :
- Magnésium (bisglycinate ou citrate, mieux tolérés) : relaxant musculaire lisse, réduction de l'hyperexcitabilité neuromusculaire
- Modalité : 300 à 400 mg/jour, cure débutant 10 jours avant les règles jusqu'à J2-J3, sur 3 cycles minimum
- Oméga-3 (EPA/DHA) : précurseurs anti-inflammatoires, réduction de la synthèse de PGF2α
- Modalité : 1 à 2 g/jour, en cure continue sur 3 mois
Options complémentaires :
- Vitamine B6 : cofacteur de la synthèse de neurotransmetteurs, utile si composante nerveuse/irritabilité associée
- Modalité : 20 à 50 mg/jour en phase lutéale
- Zinc : modulation inflammatoire
- Modalité : 15 mg/jour, cure de 4 semaines
Précautions : oméga-3 à dose élevée à surveiller en cas de traitement anticoagulant ou de trouble de la coagulation ; magnésium à adapter en cas d'insuffisance rénale
Priorité :
- Cohérence cardiaque : régulation de l'axe HPA, réduction de la perception douloureuse
- Modalité : 3 fois/jour, 5 minutes, à intensifier en phase prémenstruelle
- Respiration abdominale lente pendant la crise douloureuse : effet antalgique par relâchement du plancher pelvien
- Modalité : dès l'apparition des premières douleurs, 10 respirations profondes
Options complémentaires :
- Sophrologie ou méditation de pleine conscience : réduction de l'anticipation anxieuse de la douleur
- Modalité : pratique régulière
Précautions : aucune contre-indication majeure ; adapter le rythme à la disponibilité réelle de la cliente pour éviter l'abandon
Priorité :
- Marche rapide ou activité cardio modérée régulière (hors période de crise aiguë) : améliore la microcirculation pelvienne et réduit la perception douloureuse via la libération d'endorphines
- Modalité : 30 minutes, 3 à 4 fois/semaine
Options complémentaires :
- Yoga ciblé (postures d'ouverture du bassin, torsions douces)
- Modalité : pratique régulière, y compris pendant les règles si toléré
Précautions : éviter les efforts intenses au tout début des règles en cas de douleur vive ; adapter à la fatigue
Naturopathique : réévaluation à chaque cycle sur les 3 premiers mois d'accompagnement, puis tous les 2-3 cycles une fois amélioration installée
Conventionnel : orientation gynécologique systématique si douleur invalidante, si absence d'amélioration après 3 cycles de protocole bien suivi, ou si apparition de nouveaux signes (dyspareunie, douleurs hors règles)
Autre : ostéopathe (travail sur la mobilité pelvienne et lombaire), sophrologue si composante anxieuse marquée
Priorité :
- Achillée millefeuille : antispasmodique utérin, emménagogue
- Modalité : infusion, 1 cuillère à café/tasse, 2-3 tasses/jour dès les premiers signes
- Gattilier (Vitex agnus-castus) : régulateur de l'axe hypothalamo-hypophyso-ovarien, utile si terrain de dysovulation associé
- Modalité : extrait sec ou teinture-mère, en continu sur 3 cycles, à débuter en phase folliculaire
Options complémentaires :
- Camomille matricaire : antispasmodique et anti-inflammatoire doux
- Modalité : infusion, plusieurs tasses/jour pendant la crise
- Framboisier (feuilles) : tonique utérin
- Modalité : infusion en cure sur le cycle, hors grossesse
Précautions : gattilier contre-indiqué en cas de traitement hormonal (contraception, traitement de fertilité) sans avis médical ; achillée millefeuille déconseillée en cas de grossesse ou allaitement
Priorité :
- HE Estragon (Artemisia dracunculus) : antispasmodique puissant
- Modalité : 2-3 gouttes diluées dans une huile végétale, application locale sur le bas-ventre, 2-3 fois/jour dès les premiers signes
- HE Camomille romaine : antispasmodique et apaisant
- Modalité : idem, en synergie avec l'estragon
Options complémentaires :
- Hydrolat de sauge sclarée : soutien hormonal doux, en interne ou vaporisation
- Modalité : selon besoin
Précautions : HE contre-indiquées en cas de grossesse, allaitement, chez l'enfant ; toujours diluées en application cutanée ; ne jamais utiliser par voie interne sans encadrement
Priorité :
- Bouillotte chaude sur le bas-ventre : vasodilatation locale, relâchement musculaire, effet antalgique direct
- Modalité : dès les premiers signes, 15-20 minutes, plusieurs fois/jour si besoin
Options complémentaires :
- Bain chaud avec sels d'Epsom (magnésium) : effet combiné chaleur + apport transcutané de magnésium
- Modalité : selon besoin
Précautions : éviter la chaleur en cas de règles très abondantes (peut favoriser la vasodilatation et augmenter le flux)
Priorité :
- Anticiper la période prémenstruelle : alléger l'emploi du temps sur les 2-3 jours précédant et pendant les règles si possible
- Modalité : à planifier en amont chaque cycle
- Sommeil suffisant et régulier, particulièrement en phase lutéale
- Modalité : viser 7-8h/nuit, coucher à heure fixe
Options complémentaires :
- Tenue d'un calendrier menstruel pour anticiper et adapter le protocole
- Modalité : en continu
Précautions : aucune
- Gattilier à éviter en association avec une contraception hormonale ou un traitement de PMA sans avis médical
- Huiles essentielles à proscrire en cas de désir de grossesse en cours ou grossesse
- Cumul de plusieurs plantes emménagogues à surveiller en cas de règles déjà abondantes
- Oméga-3 à haute dose : prudence si traitement anticoagulant/antiagrégant en cours
Rappels
Cycle menstruel et régulation hormonale
- Le cycle menstruel dure en moyenne 28 jours, divisé en phase folliculaire, ovulation, phase lutéale
- La phase folliculaire est dominée par les œstrogènes, sécrétés par les follicules ovariens sous l'action de la FSH
- L'ovulation survient sous le pic de LH, vers J14 dans un cycle de 28 jours
- La phase lutéale est dominée par la progestérone, sécrétée par le corps jaune, qui prépare l'endomètre à une éventuelle nidation
- En l'absence de fécondation, le corps jaune régresse (lutéolyse) → chute brutale de la progestérone
- Cette chute hormonale déclenche la desquamation de l'endomètre : ce sont les règles
Prostaglandines et douleur
- L'endomètre sécrétoire contient de grandes quantités de phospholipides membranaires, précurseurs de l'acide arachidonique
- Les prostaglandines (PGF2α, PGE2) sont des médiateurs lipidiques dérivés de l'acide arachidonique via la voie de la cyclo-oxygénase (COX-1/COX-2)
- La PGF2α est un puissant vasoconstricteur et stimulant de la contraction du muscle lisse utérin
- Les femmes souffrant de dysménorrhée sévère présentent des concentrations de prostaglandines dans le sang menstruel nettement supérieures à la moyenne
- Le myomètre, comme tout muscle, produit de la douleur en cas d'hypoxie relative liée à une contraction excessive et prolongée (mécanisme comparable à une crampe ou à l'angor)
Amont :
- Terrain inflammatoire général (dysbiose intestinale, alimentation pro-inflammatoire, stress chronique via le cortisol) : amplifie la production de prostaglandines et abaisse le seuil de perception douloureuse
- Déséquilibre œstro-progestatif (dominance œstrogénique relative) : épaissit l'endomètre et augmente le volume de tissu sécrétoire producteur de prostaglandines
- Déficit en magnésium : favorise l'hyperexcitabilité neuromusculaire et amplifie les spasmes
Aval :
- Sensibilisation centrale du système nerveux en cas de dysménorrhée sévère non prise en charge : douleur chronique auto-entretenue, parfois extension à d'autres zones pelviennes
- Retentissement psychologique : anxiété anticipatoire, absentéisme, isolement
- En cas de cause secondaire (endométriose) non diagnostiquée : risque d'infertilité et progression lésionnelle silencieuse
- Impact sur le sommeil et l'énergie générale via la douleur répétée et le stress associé
Niveaux de preuves
- ⭐⭐⭐ Rôle central des prostaglandines (PGF2α) dans la dysménorrhée primaire et efficacité des AINS (inhibiteurs de la COX) pour la soulager
- ⭐⭐⭐ Nécessité d'orientation médicale devant une dysménorrhée secondaire suspecte (endométriose)
- ⭐⭐ Efficacité des oméga-3 en supplémentation sur la réduction de l'intensité des douleurs menstruelles
- ⭐⭐ Efficacité du magnésium en cure sur la réduction des dysménorrhées
- ⭐⭐ Efficacité du gingembre par voie orale sur l'intensité douloureuse (comparable à certains AINS dans plusieurs essais)
- ⭐⭐ Effet positif de l'activité physique régulière sur la réduction de l'intensité et de la fréquence des dysménorrhées
- ⭐ Usage traditionnel du gattilier en régulation du cycle, peu d'essais robustes spécifiquement sur la dysménorrhée primaire
- ⭐ Usage traditionnel de l'achillée millefeuille et de la camomille matricaire comme antispasmodiques utérins
- ⭐ Usage de l'aromathérapie locale (estragon, camomille romaine) en application cutanée pour son effet antalgique/antispasmodique
Sources
- Haute Autorité de Santé (HAS) — Recommandations sur la prise en charge des douleurs pelviennes et de l'endométriose
- Collège National des Gynécologues et Obstétriciens Français (CNGOF) — Recommandations sur la dysménorrhée et l'endométriose
- Cochrane Database of Systematic Reviews — revues sur les AINS, oméga-3 et magnésium dans la dysménorrhée primaire
- ESHRE Guideline on the management of endometriosis
- Ouvrages de référence en phytothérapie clinique (Jean Valnet, Michel Pierre) pour les usages traditionnels
- PubMed — revues sur la physiopathologie des prostaglandines et la dysménorrhée
